Rechercher dans ce blog

dimanche 7 avril 2013

Critique littéraire de Marcia Marques Rambourg des Cheveux de rose





Des cheveux de rose


C’est d’abord cette interrogation métaphysique qui rôde et qui résonne dans ma tête quand je -couvre la quatrième de couverture de/ Des cheveux de rose, de Bamby.  C’est cette interrogation qui m’invite à l’intérieur de la chambre néphélibate, onirique et parfumée de la Poésie. Cette chose qui me suit, qui me poursuit, cette éternelle interrogation sur le monde, sur les manières de le raconter, de le peindre... Comment se forme-t-il ? Combien de couches de peaux, de corps, de vide y a-t-il dans le monde, dans mon monde ? Combien en dois-je supprimer, et multiplier à la fois, avant d’atteindre l’essence et l’organisation des choses qui forment cette réalité ? Combien de ma perception, de mes sensations, de mes corps et de toutes mes Paroles y dois-je ajouter pour voir le paysage derrière le paysage, la ville derrière les montagnes, le temps derrière les expériences, l’Arrière Pays[1], les instants et les recoins de la chambre ouverte… la Poésie ?


C’est ainsi que j’ouvre Des cheveux de rose. C’est ainsi que cet « étrange voile » du monde, la Poésie, s’ouvre à moi : mnémonique, onirique, interrogative :

« Pourquoi alors
Tout est vain
Quand croisant quelque fleur
Tout est beau –
Quel étrange voile
Gonfle et vide le monde ? »

Elle me prend ainsi par la main, par l’esprit. Je me laisse guider par ses voiles, par ses cheveux, par les parfums de ses rêves. Je me souviens de N. Goodman dans Ways of Worldmaking, où il parcourt les manières de sentir, de décrire, de reproduire le monde, [Les évidences se succèdent]. Dans ce recueil de Bamby, je vois de ces vides formateurs, parfumés, ondulés par les méandres du Réel. Je vois, depuis les fils d’une ligne poétique remarquablement attentive au discours, simple, suave, et résolument délicate, les lettres, les signes, l’ouverture du Mot, d’une blancheur parfumée, attirante, qui me renvoie à la synesthésie de chaque vers libre :

« Sous la brume j’allais cueillir
Des fleurs des bouquets de rêves
Composée comme un violon
Une architecture –
Dans les pleurs disparus – » (p.102)

Je marche ensuite sur ces champs de coton, de roses, de couleurs, de sensations nouvelles, de souvenirs inachevés ; par de jolis tirés savamment ponctués qui me remettent, sans cesse, en suspension. Je me laisse guider à l’intérieur du Livre, des livres, des cheveux aux parfums du monde, aux parfums de ces deux cent quarante pages de nuages, de Rêves (« Se promener près d’un Rêve/ (…) » p. 59), d’idées. Et c’est précisément ce regard néphélibate qui m’amène à l’atelier du poète, à la chambre de travail du peintre patient, conscient du monde :

« Doucement – on caresse mes doigts
Ouverts – la paume en l’air
Nue dans les brises d’hiver
Fragile et brûlante
De saisir un parfum – » (p. 40)

Et puis, des lieux, des montagnes transitionnelles, des non-montagnes, des sphères oniriques perdues dans la représentation des noms, des non-noms, des images ouvertes : « J’oublie les noms des montagnes/ […] »( p. 116). Contrastés par des arrière-pays marqués, décrits dans les détails des noms, des gens, des sensations : « Annecy est jolie sous la neige/ […] Les dames avec leurs petits chiens/ La neige qui vole/ […] Et les roses de candeur […] » (p. 106). Qui me conduisent Ailleurs. Je suis dans la sensation de l’absence. Je crée des noms de montagnes. Mais je suis également dans l’abondance de la présence, recréant les villes dites, les gens, de la neige qui vole, du rose des roses… Je suis, enfin, circonscrite dans cet ensemble de lignes suavement nuancées par le travail poétique.

Le rythme est coupé. La ponctuation annonce la vitesse de chaque tableau. Je continue à parcourir des paysages abstraits, infinis. Je lis, relis, me lis, et trébuche : « C’est vrai que le temps est un garde/ Corrompu – par l’amour – […] » (p. 105). C’est ainsi que le mouvement de mes yeux mi-ouverts s’accélère ; change. C’est ainsi que je me promène, corps ouvert, par Des cheveux de rose : à épier des espaces encore voilés, à libérer les attaches de ma Parole.

Et lorsque cette page 198 me sussurre « Mon souvenir est plus beau que mon rêve/ […] » … « […]/ Car il y a dans la réalité/ Quelque chose que l’esprit même n’attrape – […] », je vois les fenêtres de ce tableau de roses, ouvertes, auxquelles je ne pourrai m’empêcher de revenir.



Márcia Marques-Rambourg 



[1] Yves Bonnefoy, L’Arrière-Pays, Gallimard, 1972



dimanche 24 mars 2013

ma critique littéraire de "Je ne suis", d'Erick Gauthier




« Je ne suis… », d’Erick Gauthier, est un poème continu. Un poème continu né de l’amour et qui raconte l’amour, dans le désir, le vécu, la contemplation et la recherche de sens. En effet, il me semble que si la poésie d’Erick Gauthier capte la beauté de l’union amoureuse et du temps dont l’amour change le relief, elle est aussi, en filigrane, une sorte de « métaphysique de l’amour ».

La poésie d’Erick Gauthier est si complète, si riche de sens et d’images, qu’il me serait impossible de la rendre telle qu’elle est réellement par une critique. Aussi je m’efforcerai de suggérer des interprétations possibles et de retranscrire des bribes de mon ressenti de lectrice.

 Il me paraissait intéressant de m’attacher à la dimension métaphysique du poème continu, à la progression d’une réflexion sur l’amour qui se trame entre la beauté des vers, d’un bout à l’autre de l’œuvre, et qui est soulignée par le titre des parties qui la compose.

« je ne suis… que toi »
Je ne suis que par l’amour que je te porte, je ne suis que dans la reconnaissance de ton être, reconnaissance qui est l’amour.

La poésie d’Erick Gauthier est complètement privée de narcissisme, d’individualité, puisque le « je » s’affirme dès le début comme le souffle qui aime, le corps qui aime. L’objet de l’amour, le « toi » tiens dès le début de l’œuvre la place centrale, il est l’inspiration, l’obsession, du désir et de l’amour. La poésie se révèle ainsi, dès les premiers vers, à la fois extrêmement sensuelle et profonde. Car le « toi » et le « moi » semblent des corps et des âmes universelles, autour desquelles se referme le monde. Nous sommes plongées dans une atmosphère intimiste, comme au cœur d’une chambre secrète de l’âme et des corps, que l’amour a créé.

Les êtres en lumière, à la fois auteurs et personnages, contemplateurs de l’amour, sont ressentis par l’apparition d’éléments corporels « bouche », « lèvres », « yeux », des respirations, des impressions/sentiments, qui suggèrent le désir et la vie de l’amour, imbriqués spontanément à des éléments naturels « étoilée de mes mains », « la rivière de tes paumes ». Ainsi les êtres semblent tout à fait universels, porteurs du monde et fondus dans le monde, et chacun peut s’identifier aux pronoms qui les désigne, et vivre avec le poète ces amours.
« ces » amours car l’amour toujours se recrée, et révèle ses multiples visages, à travers les larmes, les querelles où la réflexion des sentiments. Et l’amour, dans ses jeux de distance et de rapprochement des corps et des âmes se dessine, complet, uni dans sa multitude, et par la poésie.


« je ne suis rien d’autre »
L’affirmation du poète est forte. On peut y voir l’affirmation qu’en dehors de l’amour rien n’existe qui est, chez l’être. Que l’être est un vide que l’amour vient révéler, et en révélant ce vide l’amour va faire émerger l’être, privé d’égo, l’être universel qui est.

Ainsi les êtres en lumière nous apparaissent rapidement comme des ombres, ces ombres universelles que l’amour révèle. La poésie est alors un chant des ombres, sur les corps et les sentiments des êtres. L’ombre grandit avec l’amour et semble déborder des êtres, les dépasser. Les ombres du « toi » et du « moi » se mêlent et se superposent, se révèlent aussi dans l’absence. Et demeurent les sens comme un fil auquel se rattachent les êtres, au-dessus de l’infini de l’ombre et du mystère révélé par l’amour.

« Toute mon ombre

Au soir déplaisant
Dans l’infinie solitaire
Tu occupes toute mon ombre

Immense
Elle me surprend
M’envahit
Me subit

Mais
Jamais
Ne trahit
Mes mains exigeantes. »


« toi en moi »
L’objet de l’amour, l’être aimé, semble avoir une vie indépendante en l’être qui aime. Ainsi dans l’absence ou l’éloignement du « toi » demeure le « toi en moi ». Et peut-être que l’amour du « toi » n’est en réalité que l’amour du « toi en moi », c’est-à-dire que l’amour n’aime que ce qu’il reconnaît et imagine de l’autre.
« Toi en moi » pourrait aussi être l’égal de « moi en toi », et signifier l’union, la fusion des êtres. Et signifier que les êtres sont et se recréent lorsqu’ils sont mêlés. D’où l’obsession amoureuse de l’union, l’union des corps doublée de l’union des âmes.

Cette union se ressent dans tout le recueil, elle est le centre même de la poésie et de la réflexion que cette dernière reflète. L’union est aussi le fait d’être en suspens, entre deux corps, entre deux âmes. Et l’on pourrait dire que la poésie d’Erick gauthier est avant tout une poésie de la suspension. Car nous sommes avec lui ces funambules, avançant sur la « corde invisible » tendue par l’amour, témoins d’un vertige que l’on contemple autant qu’on le ressent, le vertige de l’infini.
Ce vertige est alors à la fois sensuel et inhérent à l’esprit, quand l’âme semble s’abriter et s’abîmer dans une éternité.
« aujourd’hui se vit pleinement
Sous la chaleur de nos ombres

Nos corps débordent
Vers l’infini. »


« devant nous »
A présent, de l’union des êtres semble apparaître un troisième être, qui est le « nous ». Ce « nous » est le produit de l’amour, à l’image de la perfection de l’amour. Ce « nous » surpasse le « toi » et le « moi », il est ce miracle qui naît dans l’ombre, ce miracle au visage éternel qui semble indépendant des êtres pris dans leur individualité, et qui ne pourrait être altéré, tâché par la mortalité de leur amour.  Ce « nous » est l’être miraculeux né de l’union que le « toi » et le « moi », alors tournés dans la même direction, contemplent. D’où le « devant nous ».

Ici il s’agit d’une sorte d’aboutissement de l’union. Les êtres alors peuvent contempler « l’enfant » de leur amour, beau et éternel, qui semble pouvoir leur survivre, car dénués des limites de l’être. Et c’est cet enfant de l’amour, l’amour établi dans l’éternité, qui fera naître le sentiment d’une « possession du monde »
« d’elle à moi
L’entier monde dans mes mains

Doubles réunis
De qui suis-je l’ombre ? ».
Le « nous », qui dépasse les êtres, amène à la contemplation. Les yeux mêlés, ou tournés dans une même direction, contemplent le chemin de l’amour, passé, présent et infini.
« nous marchons l’un l’autre
Un
Dans la même ombre
Sans fin. »


« aveuglés de présent »
Le miracle de l’amour  dans le présent illumine de beauté jusqu’à « aveugler » les êtres, il est comme l’astre que l’on fixe et que l’on ressent dans la plénitude de l’être.  Le présent prend sens, et il devient sentiment d’éternité, comme un prisme qui reflète l’essence du monde, et l’essence des êtres universels.

Dans la poésie d’Erick Gauthier nous retrouverons beaucoup les éléments que sont le soleil, la lune, les étoiles. L’amour est une lumière qui demeure au-delà du temps et des changements de saison, notamment les saisons des sentiments. Que le jour ou la nuit se déroule l’amour sera toujours cet astre, tour à tour lune, sensualité, et soleil, élévation, chaleur, ou bien étoiles, dispersion…
« nos corps unis
Drapés dans des bras de nos soleils »

« je m’ouvre à la nuit
et tu te fermes au jour

munis de l’inconnu
nous nous dispersons ensemble. »

L’amour opère ce miracle de créer le jour dans la nuit et la nuit dans le jour, de sorte que le présent paraît une éternité qui n’est plus soumise  à l’alternance des jours.

« ni vivre ni aimer »
Les êtres s’effacent devant l’universel. Seul demeure le silence.
« je ne suis
Devant nous
Toi moi en moi
Nous
Sur la face du silence. »

Et je finirai cette critique par une dernière citation, un poème qui marque l’effacement de l’individu devant l’amour, le vertige de l’infini qu’implique cet effacement de soi, et, tout au bout…le trésor secret que nous propose l’Amour.

« Masque

Je suis ce masque
Pierre de vent
Dans une rue anonyme

Je marche
Sur la ligne d’une vie

La pénombre s’habille
Sur le matin de ses yeux

Des mains m’envahissent

Je sors
Une porte m’ouvre sur un drap de roses. »


"Je ne suis", d'Erick gauthier (à commander ou feuilleter ici), editions stellamaris.

mercredi 13 mars 2013

Elizabeth Barett Browning: la romance poétique


ELIZABETH BROWNING: l'escapade amoureuse et poétique:
sonnets portugais




Elizabeth Barett  (1806-1861), née à Coxhoe Hall, dans le Durham, au nord de l'Angleterre, aurait pu ne jamais connaître l'amour, autre que celui rêvé de la poésie. Car Elizabeth découvre l'amour d'abord au travers de la poésie, et notamment des oeuvres de Shakespeare. Elle tombe  malade jeune, n'ayant encore connu le monde, gardée jalousement par un père vigilant qui semblait vouloir écarter du mariage ses filles; père qu'elle aimait profondément, et qui favorisa son talent en veillant très tôt à lui fournir une instruction poussée, habituellement réservée aux garçons. En 1840 le frère d'Elizabeth, dont elle était très proche, décède, et cet évènement marque le début d'une longue période d'alitement, dont les causes semblent être dus au concours de la maladie et du chagrin: Elizabeth s'abîme dans la tristesse, enfermée chez elle et entourée, veillée par ses proches. Elle poursuit sa passion poétique et reçoit un bon accueil du public. Elle dit être comme un "poète aveugle", ne travaillant que par sa connaissance poétique et sa rêverie, cruellement privée d'expérience mondaine. Elle pense ne jamais connaître l'amour, car son état lui laisse entrevoir une fin proche et elle déplore le charme perdu de sa jeunesse. 
Cependant, c'est un poète, Robert Browning, qui, conquis par la poésie de la jeune femme, et rapidement par la femme qu'est Elizabeth, conquiert le coeur de cette dernière; non sans mal, car celle-ci ne se croit pas capable de vivre cet amour, trop baignée de tristesse et éprouvée par le sort. 
Toutefois l'amour opère le miracle d'améliorer la santé d'Elizabeth, à tel point que celle-ci permet à la jeune femme et à son amant de tromper la vigilance du père d'Elizabeth et de s'enfuir afin de vivre leur passion. Cette passion, cet amour exceptionnel de ces deux poètes, se soldera par un mariage et un fils, en dépit de l'âge d'Elizabeth, et... par des poèmes. Les poèmes d'Elizabeth seront publiés sous le titre de "sonnets portugais", dits traduits du portugais, pour éviter que l'on identifie leur auteure. (Idée de Robert, naissant du fait que l'un des poèmes s'intitule "Catarina à  Camoens")
De toute l'oeuvre d'Elizabeth Barett Browning ce sont ces poèmes qui demeureront et feront sa renommée future.

Ces poèmes mêlent amour, passion et spiritualité avec une douceur empreinte de mélancolie, d'innocence et de gravité, propres à Elizabeth, et peignent la relation amoureuse des Browning de façon remarquable, des premiers doutes du début à la solidité ancrée de l'amour, par la poésie et la grandeur des sentiments partagés...ces poèmes sont les témoins d'un jardin éternel, que créent les amants dans la poésie et l'amour. Poésie de l'amour rêvé et vécu, donc, et poésie intemporelle. 



Je vous fait partager quelques extraits de cette oeuvre à découvrir:

Sonnet 7

La face du monde a changé, je crois,
Depuis que j'entendis les pas de ton âme
Glisser doucement près de moi, comme
S'ils me dérobaient au terrible gouffre
De la mort, d'où - moi qui pensais sombrer -
Je fus rattrapée par l'amour, et appris 
A nouveau la vie. La coupe du sort,
Par Dieu offerte, je la bois volontiers
Et loue sa douceur, toi à mes côtés.
Les noms des pays, des cieux ont changé
Car tu es ou seras, ici où là;
Ce luth et cette chanson... aimés hier,
(le choeur des anges le sait) ne sont plus chers
que parce que ton nom danse en leurs paroles.


Sonnet 22

Quand nos deux âmes se tiennent dressées et fortes,
Face à face, silencieuses, jusqu'à ce que
De proche en proche leurs ailes soudain s'enflamment
En leurs extrémités - quel tort cruel
La terre peut nous causer, que nous ne
Soyons plus longtemps comblés? Réfléchis.
Nous élevant, les anges empressés
Déposeraient l'étoile dorée du chant
Dans notre profond, cher silence. Restons
Plutôt sur terre, Aimé - où les humeurs
Ineptes des hommes repoussent au loin
Puis isolent les purs esprits, et dispensent
Un lieu où vivre et s'aimer pour un jour,
Encerclé d'ombre et par l'heure de la mort.

Sonnet 25

J'ai souffert, Aimé, d'un coeur lourd d'année
En année avant de voir ton visage.
Et peine après peine prenaient la place de
Ces joies naturelles et légères portées
Comme des perles.. soulevées tour à tour
Par un coeur battant à l'heure de la danse.
L'espoir changé en désespoir, la grâce
De Dieu même pouvait à peine soutenir mon
Coeur lourd. Alors tu me prias de le
Laisser choir en ton être calme et profond!
Aussitôt il coula, comme une chose
Dont la propre nature se précipite,
Tandis que tu l'enclos, t'interposant
Entre étoiles et destin inaccompli.

Sonnet 38

Quand d'abord il m'embrassa, ce furent les
 Et depuis lors, elle est plus pure et blanche...
Lente aux saluts mondains... vive à dire "chut",
Quand les anges parlent. D'améthyste ici
Ne saurais porter, plus claire à mes yeux,
Que ce premier baiser. Le second, plus
Altier, chercha mon front, et le manqua,
Tombant sur mes cheveux. O récompense!
Ce fut le chrême de l'amour, précédé
De sa suave couronne sanctifiante.
Le troisième sur mes lèvres se clôt en
Pourpre apparat; depuis, en vérité,
Je suis fière et je dis, "Mon amour, mon bien."

dimanche 10 mars 2013

publication de mon deuxième recueil de poèmes aux éditions stellamaris: Des cheveux de rose

DES CHEVEUX DE ROSE




Mon deuxième recueil de poèmes "Des cheveux de rose", grâce à la gentillesse de Michel Chevalier, vient de paraître aux éditions Stellamaris. :) Il s'agit cette fois-ci de courts poèmes dans'un petit format, de 248 pages. 

Il est possible de le feuilleter et de le commander en cliquant ici.


Voici un extrait:


La cour est plus triste et plus belle en hiver
Le lierre est un rameau nostalgique
Sur lequel s’épanche
Mon coeur plein d’aujourd’hui
Où s’envolent éphémères
Les jours de paradis
Comme des pigeons austères
Frémissent sur un balcon de ciel
Et tombent mes paupières
Sur la noblesse pourpre –
Toulouse est romantique –


dimanche 10 février 2013

ma critique littéraire de "Ancre" de Marcia Rambourg-Marques

Ancre





J’ai découvert il y a quelques instants, le petit bijou de perfection qu’est « Ancre », le nouveau recueil de Marcia Marques-Rambourg. « Petit » car le format même de l’œuvre et lui confère une dimension originale, intime et attachante.

Devant la perfection des poèmes courts qui se succèdent et du tout qui se grave en moi comme des murmures noirs et doux, je ressens la pression de la volonté de fournir une critique qui saurait rendre justement et pertinemment toutes les facettes de la beauté, superbement simple, que véhiculent les mots de Marcia. A défaut d’y parvenir, je tâcherai de rendre au mieux l’impression merveilleuse que m’a laissée ce recueil, comme une tache indélébile et noble. Et en profite pour appuyer sur la nécessité de découvrir par soi-même cette œuvre, qui comme une fenêtre-miroir fera magiquement écho en vous, réfléchissant les tons propres de votre âme et mémoire, et de manière peut-être tout à fait différente de ce que j’essayerai de vous faire voir.

L’image d’une ancre, immobile, mais bercée par l’eau bleu nuit d’une mer profonde, capturant les rayons flous et mouvants du soleil à la surface, pourrait décrire la sensation précise et lente laissée par les mots ce recueil qui porte si justement son nom. La « sensation » est aussi cette robe, sensuelle et suave des mots, car la poésie de Marcia est comme la mélodie d’un corps tantôt brûlant, tantôt langoureux, puits ; surpris par la plume d’un esprit, nécessairement détaché de la douleur qu’il sublime.

          « Mon corps s’habitue à son absence
          Mon esprit souffre de la légère douleur
          Du manque, du poids de cet amour absinthe,
          Étrange »

La poésie de Marcia c’est à la fois le jeu lent et léger d’une chatte face à l’abîme, le nécessaire baiser blanc de l’amour au cœur de la nuit, et la voix claire qui s’impose pour survivre à l’infini du vide :

          « Heureuse dans mes heures défaites ; j’ai peur du blanc des mots
          De la nuit. »

Intime et profonde, la voix de Marcia s’élève et se dépose comme un prisme sur le néant et l’essence du monde, par un jeu de miroir, de surgescences et de de disparitions elle nous confronte au vide que l’on porte et aux échos de notre monde propre.

Elle débusque au fond de la douleur et de l’immobile, l’Amour qui nous porte et nous libère, conquis au prix d’une acceptation calme et courageuse : « l’Amour est une épreuve qui doit exister ».

Elle nous invite à dessiner un espace dans l’infini du monde et de nous-même, à bâtir une chambre où les fleuves sont les nôtres «[…] écrire des lieux tiens (exclusivement tiens). »

Elle dissémine en filigrane une sensualité et une nostalgie amoureuse, comme un îlot de délice mis en exergue par l’eau de la douleur ; comme une caresse lointaine que seules atteignent encore les tentacules de la mémoire, secrète et mouvante.

Enfin, pour conclure cette critique, plus suggestive que complète, je dirai que la poésie de Marcia Marques-Rambourg est comme une esquisse solennelle et douce, un trait de fusain noir, implacable et précis, apaisant de perfection et de mystère souligné. La langue est totalement maîtrisée et sans effort, en cela la lecture est particulièrement agréable, étonnante, marquante. La poésie de Marcia concilie à merveille contemporanéité et profondeur, noblesse. À savourer sans plus attendre, donc !

jeudi 7 février 2013

Ariel, sur les pas de Sylvia Plath


Née en 1932, Sylvia Plath est une poétesse américaine qui compte parmi les plus grands poètes anglo-saxons contemporains. Très marquée par la mort de son père, en 1940, Sylvia fera plusieurs tentatives de suicide et séjournera en hôpital psychiatrique. Elle épouse en 1956 Ted Hughes, poète britannique. Elle se suicide à l'âge de 31 ans en laissant derrière elle deux enfants. Ariel, fera, comme elle le pressentait, sa renommée. 

"Ariel", c'est le génie de l'air de La Tempête, de Shakespeare, mais aussi le nom du cheval blanc que montait Sylvia Plath durant les derniers mois de sa vie, à l'aube, dans le Devon, après le départ de son mari. 


Ce recueil est d'une beauté marquante et surréaliste, comme un chant diaphane au coeur de la nuit, aérien et limpide. 

Je vous en fait partager un extrait, et vous conseille vivement de lire l'oeuvre au complet si vous aimez la poésie qui se dégage de ces vers. Vous risqueriez en effet de passer à côté de sublimes poèmes comme "Papa", "Rivalité", ou encore "la lune et le cyprès".

Moutons dans la brume


Les collines descendent dans la blancheur.

Les gens comme les étoiles
Me regardent, attristés: je les déçois.

Le train laisse une trace de son souffle.

ô lent
cheval couleur de rouille,

Sabots, tintement désolé -

Tout le matin depuis ce
Matin sombre,

Fleur ignorée.

Mes os renferment un silence, les champs font
Au loin mon coeur fondre.

Ils menacent

De me conduire à un ciel
Sans étoiles ni père, une eau noire.



Poèmes et problèmes de Nabokov

Je connaissais l'écrivain russe Vladimir Nabokov pour avoir été marquée par son célèbre roman Lolita.



 J'ai découvert il y a peu qu'il avait publié un recueil de poèmes (et, accessoirement, de problèmes d'échecs...) intitulé Poèmes et problèmes, paru aux éditions Gallimard. J'ai été instantanément séduite par sa poésie originale, douce, piquante, comme un rêve plein de suggestions. J'aimerais vous en partager quelques extraits. 

Voici donc des poèmes de Nabokov assez courts qui m'ont particulièrement plus:

La pluie s'est envolée

La pluie s'est envolée, consumée en plein vol,
je vais sur le chemin vermeil.
L'hirondelle pépie, le sureau est en fleur,
et blancs les chatons sur les saules.

L'air est moite, odorant, salubre.
Oh le parfum du chèvrefeuille!
Une feuille incline son extrême bord
et laisse échapper une perle.

                                         (Vyra, 1917)

A la liberté

Lentement tu t'en vas par les rues insomniaques;
sur ton front attristé le rayon s'est éteint
qui conviait à l'amour, aux lumineux sommets.
A ta main frissonne un flambeau consumé.
Traînant parmi les morts ton aile fracassée,
Et te voilant les yeux d'un coude ensanglanté
A nouveau tu t'éloignes, à nouveau abusée,
Derrière toi, hélas, se referme la nuit.

                                            (Crimée, 1917)

Chambre d'hôtel

Un lit, plutôt un simple banc.
Un papier peint jeune et lugubre.
Deux chaises. Au mur un miroir torve.
Moi et mon ombre, nous entrons.

Nous ouvrons à grand bruit la fenêtre:
sur le sol tombe la lumière.
La nuit est hors d'haleine. Au loin
l'aboi des chiens troue le silence.

Je me tiens là, à la fenêtre,
et comme un doigt de miel doré
dans la coupe noire du ciel
reluit langoureuse la lune.

                                    (Sébastopol, 1919)


Au Paradis


Voici, mon âme, par-delà
la mort lointaine, comment je te vois:
un naturaliste de province,
un original perdu au paradis.

Là-bas, au creux d'un buisson, somnole
un ange sauvage - être parent du paon
du bout de ton parapluie vert,
intrigué, tu le pousses un peu,

méditant, pour commencer,
d'écrire sur lui un article,
puis ensuite...mais au paradis
pas de lecteurs, ni de revues savantes.

Et tu restes là, refusant de croire
au chagrin qui te rend muet:
cette bête assoupie et bleue, 
à qui la raconter, à qui?

Où est le monde avec ses variétés de roses,
le musée, ses oiseaux empaillés?
Et tu regardes encore à travers tes larmes
ces ailes qui n'ont pas de nom.

                                                   (Berlin, 1927)