Voici donc des poèmes de Nabokov assez courts qui m'ont particulièrement plus:
La pluie s'est envolée
La pluie s'est envolée, consumée en plein vol,
je vais sur le chemin vermeil.
L'hirondelle pépie, le sureau est en fleur,
et blancs les chatons sur les saules.
L'air est moite, odorant, salubre.
Oh le parfum du chèvrefeuille!
Une feuille incline son extrême bord
et laisse échapper une perle.
(Vyra, 1917)
A la liberté
Lentement tu t'en vas par les rues insomniaques;
sur ton front attristé le rayon s'est éteint
qui conviait à l'amour, aux lumineux sommets.
A ta main frissonne un flambeau consumé.
Traînant parmi les morts ton aile fracassée,
Et te voilant les yeux d'un coude ensanglanté
A nouveau tu t'éloignes, à nouveau abusée,
Derrière toi, hélas, se referme la nuit.
(Crimée, 1917)
Chambre d'hôtel
Un lit, plutôt un simple banc.
Un papier peint jeune et lugubre.
Deux chaises. Au mur un miroir torve.
Moi et mon ombre, nous entrons.
Nous ouvrons à grand bruit la fenêtre:
sur le sol tombe la lumière.
La nuit est hors d'haleine. Au loin
l'aboi des chiens troue le silence.
Je me tiens là, à la fenêtre,
et comme un doigt de miel doré
dans la coupe noire du ciel
reluit langoureuse la lune.
(Sébastopol, 1919)
Au Paradis
Voici, mon âme, par-delà
la mort lointaine, comment je te vois:
un naturaliste de province,
un original perdu au paradis.
Là-bas, au creux d'un buisson, somnole
un ange sauvage - être parent du paon
du bout de ton parapluie vert,
intrigué, tu le pousses un peu,
méditant, pour commencer,
d'écrire sur lui un article,
puis ensuite...mais au paradis
pas de lecteurs, ni de revues savantes.
Et tu restes là, refusant de croire
au chagrin qui te rend muet:
cette bête assoupie et bleue,
à qui la raconter, à qui?
Où est le monde avec ses variétés de roses,
le musée, ses oiseaux empaillés?
Et tu regardes encore à travers tes larmes
ces ailes qui n'ont pas de nom.
(Berlin, 1927)

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