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dimanche 10 février 2013

ma critique littéraire de "Ancre" de Marcia Rambourg-Marques

Ancre





J’ai découvert il y a quelques instants, le petit bijou de perfection qu’est « Ancre », le nouveau recueil de Marcia Marques-Rambourg. « Petit » car le format même de l’œuvre et lui confère une dimension originale, intime et attachante.

Devant la perfection des poèmes courts qui se succèdent et du tout qui se grave en moi comme des murmures noirs et doux, je ressens la pression de la volonté de fournir une critique qui saurait rendre justement et pertinemment toutes les facettes de la beauté, superbement simple, que véhiculent les mots de Marcia. A défaut d’y parvenir, je tâcherai de rendre au mieux l’impression merveilleuse que m’a laissée ce recueil, comme une tache indélébile et noble. Et en profite pour appuyer sur la nécessité de découvrir par soi-même cette œuvre, qui comme une fenêtre-miroir fera magiquement écho en vous, réfléchissant les tons propres de votre âme et mémoire, et de manière peut-être tout à fait différente de ce que j’essayerai de vous faire voir.

L’image d’une ancre, immobile, mais bercée par l’eau bleu nuit d’une mer profonde, capturant les rayons flous et mouvants du soleil à la surface, pourrait décrire la sensation précise et lente laissée par les mots ce recueil qui porte si justement son nom. La « sensation » est aussi cette robe, sensuelle et suave des mots, car la poésie de Marcia est comme la mélodie d’un corps tantôt brûlant, tantôt langoureux, puits ; surpris par la plume d’un esprit, nécessairement détaché de la douleur qu’il sublime.

          « Mon corps s’habitue à son absence
          Mon esprit souffre de la légère douleur
          Du manque, du poids de cet amour absinthe,
          Étrange »

La poésie de Marcia c’est à la fois le jeu lent et léger d’une chatte face à l’abîme, le nécessaire baiser blanc de l’amour au cœur de la nuit, et la voix claire qui s’impose pour survivre à l’infini du vide :

          « Heureuse dans mes heures défaites ; j’ai peur du blanc des mots
          De la nuit. »

Intime et profonde, la voix de Marcia s’élève et se dépose comme un prisme sur le néant et l’essence du monde, par un jeu de miroir, de surgescences et de de disparitions elle nous confronte au vide que l’on porte et aux échos de notre monde propre.

Elle débusque au fond de la douleur et de l’immobile, l’Amour qui nous porte et nous libère, conquis au prix d’une acceptation calme et courageuse : « l’Amour est une épreuve qui doit exister ».

Elle nous invite à dessiner un espace dans l’infini du monde et de nous-même, à bâtir une chambre où les fleuves sont les nôtres «[…] écrire des lieux tiens (exclusivement tiens). »

Elle dissémine en filigrane une sensualité et une nostalgie amoureuse, comme un îlot de délice mis en exergue par l’eau de la douleur ; comme une caresse lointaine que seules atteignent encore les tentacules de la mémoire, secrète et mouvante.

Enfin, pour conclure cette critique, plus suggestive que complète, je dirai que la poésie de Marcia Marques-Rambourg est comme une esquisse solennelle et douce, un trait de fusain noir, implacable et précis, apaisant de perfection et de mystère souligné. La langue est totalement maîtrisée et sans effort, en cela la lecture est particulièrement agréable, étonnante, marquante. La poésie de Marcia concilie à merveille contemporanéité et profondeur, noblesse. À savourer sans plus attendre, donc !

jeudi 7 février 2013

Ariel, sur les pas de Sylvia Plath


Née en 1932, Sylvia Plath est une poétesse américaine qui compte parmi les plus grands poètes anglo-saxons contemporains. Très marquée par la mort de son père, en 1940, Sylvia fera plusieurs tentatives de suicide et séjournera en hôpital psychiatrique. Elle épouse en 1956 Ted Hughes, poète britannique. Elle se suicide à l'âge de 31 ans en laissant derrière elle deux enfants. Ariel, fera, comme elle le pressentait, sa renommée. 

"Ariel", c'est le génie de l'air de La Tempête, de Shakespeare, mais aussi le nom du cheval blanc que montait Sylvia Plath durant les derniers mois de sa vie, à l'aube, dans le Devon, après le départ de son mari. 


Ce recueil est d'une beauté marquante et surréaliste, comme un chant diaphane au coeur de la nuit, aérien et limpide. 

Je vous en fait partager un extrait, et vous conseille vivement de lire l'oeuvre au complet si vous aimez la poésie qui se dégage de ces vers. Vous risqueriez en effet de passer à côté de sublimes poèmes comme "Papa", "Rivalité", ou encore "la lune et le cyprès".

Moutons dans la brume


Les collines descendent dans la blancheur.

Les gens comme les étoiles
Me regardent, attristés: je les déçois.

Le train laisse une trace de son souffle.

ô lent
cheval couleur de rouille,

Sabots, tintement désolé -

Tout le matin depuis ce
Matin sombre,

Fleur ignorée.

Mes os renferment un silence, les champs font
Au loin mon coeur fondre.

Ils menacent

De me conduire à un ciel
Sans étoiles ni père, une eau noire.



Poèmes et problèmes de Nabokov

Je connaissais l'écrivain russe Vladimir Nabokov pour avoir été marquée par son célèbre roman Lolita.



 J'ai découvert il y a peu qu'il avait publié un recueil de poèmes (et, accessoirement, de problèmes d'échecs...) intitulé Poèmes et problèmes, paru aux éditions Gallimard. J'ai été instantanément séduite par sa poésie originale, douce, piquante, comme un rêve plein de suggestions. J'aimerais vous en partager quelques extraits. 

Voici donc des poèmes de Nabokov assez courts qui m'ont particulièrement plus:

La pluie s'est envolée

La pluie s'est envolée, consumée en plein vol,
je vais sur le chemin vermeil.
L'hirondelle pépie, le sureau est en fleur,
et blancs les chatons sur les saules.

L'air est moite, odorant, salubre.
Oh le parfum du chèvrefeuille!
Une feuille incline son extrême bord
et laisse échapper une perle.

                                         (Vyra, 1917)

A la liberté

Lentement tu t'en vas par les rues insomniaques;
sur ton front attristé le rayon s'est éteint
qui conviait à l'amour, aux lumineux sommets.
A ta main frissonne un flambeau consumé.
Traînant parmi les morts ton aile fracassée,
Et te voilant les yeux d'un coude ensanglanté
A nouveau tu t'éloignes, à nouveau abusée,
Derrière toi, hélas, se referme la nuit.

                                            (Crimée, 1917)

Chambre d'hôtel

Un lit, plutôt un simple banc.
Un papier peint jeune et lugubre.
Deux chaises. Au mur un miroir torve.
Moi et mon ombre, nous entrons.

Nous ouvrons à grand bruit la fenêtre:
sur le sol tombe la lumière.
La nuit est hors d'haleine. Au loin
l'aboi des chiens troue le silence.

Je me tiens là, à la fenêtre,
et comme un doigt de miel doré
dans la coupe noire du ciel
reluit langoureuse la lune.

                                    (Sébastopol, 1919)


Au Paradis


Voici, mon âme, par-delà
la mort lointaine, comment je te vois:
un naturaliste de province,
un original perdu au paradis.

Là-bas, au creux d'un buisson, somnole
un ange sauvage - être parent du paon
du bout de ton parapluie vert,
intrigué, tu le pousses un peu,

méditant, pour commencer,
d'écrire sur lui un article,
puis ensuite...mais au paradis
pas de lecteurs, ni de revues savantes.

Et tu restes là, refusant de croire
au chagrin qui te rend muet:
cette bête assoupie et bleue, 
à qui la raconter, à qui?

Où est le monde avec ses variétés de roses,
le musée, ses oiseaux empaillés?
Et tu regardes encore à travers tes larmes
ces ailes qui n'ont pas de nom.

                                                   (Berlin, 1927)

Critique littéraire de Poèmes à coeur par l'auteur Antoine Gosztola

Poèmes à coeur



« Faire simple, c'est compliqué »
A. Bashung.

Poèmes à cœur
 serait ce recueil de Lolita fraichement catapultée dans le monde adulte, dans le monde des grands. Bamby fait d'ailleurs directement allusion à l'œuvre phare de Nabokov dans son poème Voyage Lolita.


Le sens des vers fleurit d'une certaine innocence, comme un appel à résister à la porte entrouverte de la réalité.

Celle-ci reprend toutefois le dessus, qu'il faut alors immédiatement magnifier :

La mort dans les yeux
Jaunes du chien
Phares de nuit
Au jardin
À minuit
Les dieux
Au lac ô rien

La grande force de Bamby est également de donner sens à ces objets qui nous entourent, qui nous accompagnent. La veste léopard, dont la description même, au-delà de la portée symbolique voire érotique du vêtement, s'envole sur les volutes enfantines des rêves paresseux qui nous accompagnent à nos dix ans. Les espadrilles, ornements d'été que l'auteur contemple attablée au café. La chambre whisky, ou l'antagonisme des termes provoque un effet d'ébranlement entre deux âges, qu'accompagne la musicalité du vers. Car c'est peut-être aussi là le génie de Bamby. Les vers sont simples, épurés, réduits à une forme courte, mais ils chantent dans nos têtes à la lecture. Les mots sont des notes sur une partition que notre cerveau joue à tue-tête, emporté par un rythme tantôt de comptine, tantôt de mélopée.

La poésie est le plus souvent libre, non-rimée. Nul besoin d'ailleurs de rimes, tant les images contenues dans chaque vers s'épousent parfaitement. Lorsque l'auteur s'en remet au vers rimé, le poème se transforme en berceuse.

Trois chapitres -Poèmes à cœur, Le damier magique et La féérie du voyage- composent ce recueil, lui conférant par-là même un effet de césure entre trois rêves distincts.

Entre les poèmes se retrouvent ces dessins enfantins les illustrant, comme celui qui couvre le livre. Chacun d'eux est un poème à part entière, léger tracé noir et blanc, innocent.

Bamby distille les mots sans trembler, empruntant aux vocabulaires enfantins et plus recherché, une esthétique rare.

Elle est cette Lolita, tantôt rêveuse tantôt aguicheuse, tantôt sirotant sa vodka et tantôt lovée au bras de maman. On l'imagine, blonde virevoltante, les yeux rivés à l'échancrure de sa robe, se promenant sur un nuage, reine des rêves.

Extraits de Poèmes à coeur



La chambre whisky

Dans la chambre parfum whisky
Où dansent les volutes la nuit
Je te rejoins mon frère sifflant
Le poison
Lutte à ton corps sans bruit
Irrigue ton coeur chant
Des laines
Se touchent au loin
Des peines
S'accrochent au vent
Tu dors
Dans la nuit rousse
J'égrène
des fleurs de mousse

Poème extrait de Poèmes à coeur, Chapitre I - Poèmes à coeur



Ballade à Biarritz

Baba dans les ruelles
Aux pierres pain d'épice
A Biarritz
Charlottes aux framboises
Tourelles en guimauve
Ecailles d'ardoise
Mon âme dans un fiacre
Sur les balcons boudoirs
Les souvenirs sacres
Liqueurs de délice
Mon coeur alcoolisé
En robe de dentelle
Le long des coiffes crêpées
Des tamaris
Sous les fleurs ballons
Les roches fauves 
de mon désir mûr

Poème et illustration extraits de Poèmes à coeur, Chapitre III - La féerie du voyage


L'Apollinien

Beau visage
Apollinien
Statue sage
Regarde rien
Oeil plâtre
lourde main
Albâtre
Rêve Homérien

Poème extrait de Poèmes à coeur, Chapitre II- Le damier magique

Publication de mon premier recueil de poèmes: Poèmes à coeur (rentrée 2012), merci aux éditions Stellamaris!

Poèmes à coeur, aux éditions Stellamaris, est mon premier recueil de poèmes.



vous pouvez le commander ici