ELIZABETH BROWNING: l'escapade amoureuse et poétique:
sonnets portugais
Elizabeth Barett (1806-1861), née à Coxhoe Hall, dans le Durham, au nord de l'Angleterre, aurait pu ne jamais connaître l'amour, autre que celui rêvé de la poésie. Car Elizabeth découvre l'amour d'abord au travers de la poésie, et notamment des oeuvres de Shakespeare. Elle tombe malade jeune, n'ayant encore connu le monde, gardée jalousement par un père vigilant qui semblait vouloir écarter du mariage ses filles; père qu'elle aimait profondément, et qui favorisa son talent en veillant très tôt à lui fournir une instruction poussée, habituellement réservée aux garçons. En 1840 le frère d'Elizabeth, dont elle était très proche, décède, et cet évènement marque le début d'une longue période d'alitement, dont les causes semblent être dus au concours de la maladie et du chagrin: Elizabeth s'abîme dans la tristesse, enfermée chez elle et entourée, veillée par ses proches. Elle poursuit sa passion poétique et reçoit un bon accueil du public. Elle dit être comme un "poète aveugle", ne travaillant que par sa connaissance poétique et sa rêverie, cruellement privée d'expérience mondaine. Elle pense ne jamais connaître l'amour, car son état lui laisse entrevoir une fin proche et elle déplore le charme perdu de sa jeunesse.
Cependant, c'est un poète, Robert Browning, qui, conquis par la poésie de la jeune femme, et rapidement par la femme qu'est Elizabeth, conquiert le coeur de cette dernière; non sans mal, car celle-ci ne se croit pas capable de vivre cet amour, trop baignée de tristesse et éprouvée par le sort.
Toutefois l'amour opère le miracle d'améliorer la santé d'Elizabeth, à tel point que celle-ci permet à la jeune femme et à son amant de tromper la vigilance du père d'Elizabeth et de s'enfuir afin de vivre leur passion. Cette passion, cet amour exceptionnel de ces deux poètes, se soldera par un mariage et un fils, en dépit de l'âge d'Elizabeth, et... par des poèmes. Les poèmes d'Elizabeth seront publiés sous le titre de "sonnets portugais", dits traduits du portugais, pour éviter que l'on identifie leur auteure. (Idée de Robert, naissant du fait que l'un des poèmes s'intitule "Catarina à Camoens")
De toute l'oeuvre d'Elizabeth Barett Browning ce sont ces poèmes qui demeureront et feront sa renommée future.
Ces poèmes mêlent amour, passion et spiritualité avec une douceur empreinte de mélancolie, d'innocence et de gravité, propres à Elizabeth, et peignent la relation amoureuse des Browning de façon remarquable, des premiers doutes du début à la solidité ancrée de l'amour, par la poésie et la grandeur des sentiments partagés...ces poèmes sont les témoins d'un jardin éternel, que créent les amants dans la poésie et l'amour. Poésie de l'amour rêvé et vécu, donc, et poésie intemporelle.
Je vous fait partager quelques extraits de cette oeuvre à découvrir:
Sonnet 7
La face du monde a changé, je crois,
Depuis que j'entendis les pas de ton âme
Glisser doucement près de moi, comme
S'ils me dérobaient au terrible gouffre
De la mort, d'où - moi qui pensais sombrer -
Je fus rattrapée par l'amour, et appris
A nouveau la vie. La coupe du sort,
Par Dieu offerte, je la bois volontiers
Et loue sa douceur, toi à mes côtés.
Les noms des pays, des cieux ont changé
Car tu es ou seras, ici où là;
Ce luth et cette chanson... aimés hier,
(le choeur des anges le sait) ne sont plus chers
que parce que ton nom danse en leurs paroles.
Sonnet 22
Quand nos deux âmes se tiennent dressées et fortes,
Face à face, silencieuses, jusqu'à ce que
De proche en proche leurs ailes soudain s'enflamment
En leurs extrémités - quel tort cruel
La terre peut nous causer, que nous ne
Soyons plus longtemps comblés? Réfléchis.
Nous élevant, les anges empressés
Déposeraient l'étoile dorée du chant
Dans notre profond, cher silence. Restons
Plutôt sur terre, Aimé - où les humeurs
Ineptes des hommes repoussent au loin
Puis isolent les purs esprits, et dispensent
Un lieu où vivre et s'aimer pour un jour,
Encerclé d'ombre et par l'heure de la mort.
Sonnet 25
J'ai souffert, Aimé, d'un coeur lourd d'année
En année avant de voir ton visage.
Et peine après peine prenaient la place de
Ces joies naturelles et légères portées
Comme des perles.. soulevées tour à tour
Par un coeur battant à l'heure de la danse.
L'espoir changé en désespoir, la grâce
De Dieu même pouvait à peine soutenir mon
Coeur lourd. Alors tu me prias de le
Laisser choir en ton être calme et profond!
Aussitôt il coula, comme une chose
Dont la propre nature se précipite,
Tandis que tu l'enclos, t'interposant
Entre étoiles et destin inaccompli.
Sonnet 38
Quand d'abord il m'embrassa, ce furent les
Et depuis lors, elle est plus pure et blanche...
Lente aux saluts mondains... vive à dire "chut",
Quand les anges parlent. D'améthyste ici
Ne saurais porter, plus claire à mes yeux,
Que ce premier baiser. Le second, plus
Altier, chercha mon front, et le manqua,
Tombant sur mes cheveux. O récompense!
Ce fut le chrême de l'amour, précédé
De sa suave couronne sanctifiante.
Le troisième sur mes lèvres se clôt en
Pourpre apparat; depuis, en vérité,
Je suis fière et je dis, "Mon amour, mon bien."

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